Triangles du sillon

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SILLON (minimalisme)

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Cette vue est délibérément épurée et minimaliste. On identifie le profil familier des reliefs de la baie qui s échelonnent sur la largeur sans se gêner et un pointillisme sur le sable quasi en alignement, avec ce marcheur si petit qui « fait » la photo; petit marcheur dont l’ombre double la taille, marqueur d’espace qui procure l’échelle de cette superbe plage. Le ciel tourmenté éclairé du soir contrebalance le calme monochrome du sable. L’ensemble apparaît serein et simple.

Je souhaite associer un mot titre à mes photos maintenant, que proposez vous pour celle ci?

SAINT MALO SILLON

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Il était une fois un petit passage étroit et confiné entre des maisons massives, qui permet de cheminer vers le sillon, excellente occasion pour moi, de composer, avec les ombres, les volumes et les structures, un dessin curieux, mystérieux, peut-être inquiétant. Ce petit personnage vertical, l’horizon, nous raccrochent à la réalité, à notre échelle, à notre gravité, à la vie, à la liberté. La verticale silhouette active notre familier sens de lecture de gauche à droite. L’œil a l’occasion de se prélasser un peu en parcourant ce ciel calme avant de cheminer vers d’autres lignes et d’autres détails.

 

LA CARAVELLE

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La caravelle est un bar d’après midi et de nuit très accueillant, avec une panorama sur la baie de St Malo. C’est au rez-de-chaussée d’une bâtisse que se situe cet estaminet exposé aux vagues hivernales tempétueuses. Cela faisait longtemps que je cherchais un angle original pour suggérer et fixer cet endroit……………si vous passez par là, arrêtez vous!

 

St Malo Cale de Rochebonne (La Caravelle)

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Une pépite d’irréel ?

L’œil perd ses repères, comme une sorte de vertige se fait ressentir puis l’analyse explore quelques hypothèses….faut-il en trouver ? Les pragmatiques en chercheront, les rêveurs peut-être pas…comment garder cette émotion du premier regard du spectateur ou du photographe devant cette scène ?

Arrivé en flânant à cet endroit de la plage, j’ai détecté cette flaque qui m’autorisait à me concentrer sur le reflet de cette maison, close l’hiver, éclairée par un fort soleil bas. Présent depuis quelques minutes, la photo se dessinait progressivement dans une composition en losange ouvert en bas à droite… lorsque ce personnage est venu se poser pour regarder la mer : premier cadeau……dans les secondes suivantes, le chien en haut à gauche arrive : deuxième cadeau : une situation à la TATI!……………La photo est là, on la sent, on le sait, elle est donnée, on la cueille.

Henri Cartier Bresson avait l’habitude de mettre les photos à l’envers pour les regarder. Cela rendait ses visiteurs perplexes. Il expliquait que ce geste sortait la photo du réel pour pouvoir bien en ressentir la composition et le fonctionnement visuel. Ci-dessous je vous propose la même photo à l’envers, le chien les pattes en l’air…..alors que la photo semble à première vue plus réaliste que l’initiale….

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Le comble, dans cette histoire, est que le chien se nomme TAC, c’est celui d’un ami que je ne voyais pas, tellement absorbé par ma prise de vue….TAC m’a donné, du tac au tac, sans tiquer et sans T.O.C., l’autorisation de publier cette photo…..merci Pascal et Tac!

 

Saint-Malo Sillon

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Encore une photo du sillon!  la silhouette caractéristique de Cezembre à droite, le Grand Bé à gauche, symétrique; la Mer éclairée vivement, soulignée de reflets sur la plage abandonnée, et aussi surmontée d’un ciel barré de nuages et zébré de lumière…………amusez vous dans les symétries, les courbes, les parallèles….presque vers une image abstraite extraite du réel.

SILLON SAINT MALO

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Les photographies prises du sillon demande beaucoup d’attention pour sortir des « classiques » qui proposent la digue comme ligne de fuite vers la silhouette d’intra-muros en contre jour d’un joli ciel nuageux…..

J’explore d’autres expressions de cet endroit magnifique avec des points de vue graphiques, des oppositions de volumes, de nuances de gris………je relève avec humilité ce challenge que je me suis donné dans la série « sillon ».

L’essentiel est d’apprivoiser l’attente de la bonne inspiration, revenir souvent, cela implique occasionnellement une patience non créative, parfois un sentiment laborieux de page blanche, cette approche s’avère la seule façon de ne pas glisser vers le cliché « facile ». Bonnard disait : « il faut être patient, savoir attendre, l’émotion surgit à son moment ». Effectivement, dans ma pratique, souvent, la photo s’impose à l’œil au moment et à l’endroit où l’on ne cherche (plus) rien!.

SAINT-MALO (sillon)

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Une image en dehors des grandes lumières franches et créatrices d’ombres qui me sont habituelles. Le soleil voilé donne une atmosphère différente, plus intimiste, moins acerbe à l’oeil, avec une fine subtilité dans le ciel et dans le sable qui entoure les silhouettes habituelles de St-Malo, le fort national et Cézembre au fond. Je savoure de plus en plus, maintenant, ces moments de lumière douce, sans ombres vives, qui auparavant ne m’ incitaient pas à sortir l’appareil.

Croix de mi-grève (sillon)

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la croix de mi-grève sur le sillon a déjà fait l’objet de deux publications (voir lien A et lien B). Je ne sais pourquoi, je ne me blase pas de cet emplacement avec la sensation qu’il s’y déroule souvent quelque chose : il est vrai que le panorama se métamorphose en permanence au gré de la marée et de la lumière………….Le lien A un jour de soleil d’automne, le lien B montre le façonnage des orifices au sol où sont enracinés les arceaux qui évitent l’accès des véhicules et qui proposent un appui aux deux roues.

Les deux vues ci dessus sont enregistrées à quelques secondes d’intervalle, à l’occasion d’un éclairage fugitif, unique, et incroyable qui a déjà donné lieu à l’article précédent.

J’ai déniché la force de la composition de la première avec un peu de temps : de gauche à droite, le premier arceau souligne des brise-lames, le deuxième effleure l’horizon et entoure des roches au large, le troisième cerne le début d’une rambarde de descente, le quatrième s’imbrique dans la courbure du lampadaire……………la croix reprend le volume et la hauteur du panneau d’avertissement et le plot du premier plan résonne avec la base de la croix….tout peut se combiner par deux sur cette photo, tout a sa place sans chevauchement indélicat, alors que le premier coup d’oeil peut être déstabilisé par tant de détails. De plus, le regard est emmené presque naturellement vers la croix par les arceaux et le plot. Le lampadaire répond à la croix et donne un sentiment d’équilibre…………

Encore ici, deux mondes (ou plus) cohabitent : une première partie en haut du cliché et en bas à gauche quasi monochrome, vide, qui s’oppose à un monde complexe (bien que rangé) au milieu. L’oeil passe se reposer dans les zones vides avant de repartir potasser les différents rapprochements possibles dans la partie complexe. Vous aurez compris ma préférence pour le premier cliché….qu’en est-il pour vous?

SAINT MALO (Sillon)

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Le sillon, par temps gris, avec cependant une ligne d’écume qui prend le peu de lumière de ce moment. Ce trait de vague construit une géométrie complexe avec les brise-lames et les rambardes qui, par un effet d’optique, ne semblent plus parallèles mais peut être plus accueillantes, par leur extrémité arrondie, à proposer la descente vers le sable. L’oeil se repose d’abord sur le bord de la digue et descend vers le sable zigzaguer entre les différents éléments ou l’inverse………………………………

SAINT MALO (sillon)

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Avec le recul (prise de vue en décembre), avec le temps du travail de sélection et de retouche, m’est apparue irrémédiablement, l’évocation de masques africains : plusieurs éléments peuvent suggérer les yeux, le nez, la bouche, les dents, la chevelure, les oreilles……………………ces masques utilisés dans les rites sacrés ont été reproduits de génération en génération avec des tracés qui ont évolué vers les plus efficients, qui sont parvenus à l’essentiel (donc à l’art). Ils ont participé à l’inspiration d’artistes tels que Picasso. L’architecte de cette façade était probablement influencé par quelque chose du cubisme…..l’œil tourne musarde du vertical (façade) à l’horizontal (sol), agence, spécule, décompose, recombine différents détails pour faire une tronche, une gueule ou une autre, plus ou moins bancale ou extravagante….

Au delà de cet aspect « masque », qui peut ne pas séduire votre regard, ce cliché fourmille de détails graphiques de formes, de longueurs, de textures, d’assemblages différents. Ce foisonnement et le passage d’un élément à l’autre élaborent l’énigme de cette image. Ce (presque?) trop-plein de données, cette surabondance de précisions maintiennent une exigence et une durée de lecture difficile à avoir sur le lieu « en direct ». La photographie, en figeant cadre et espace, donne à voir pendant le temps nécessaire et utile.

 

SAINT MALO (Sillon)

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Cette façade a été photographiée un jour gris après une grande marée : en effet le sable amoncelé sur la digue et non encore évacué par les services urbains signifie une grande marée récente houleuse. Le temps gris permet d’éviter les ombres (que j’affectionne tant d’habitude) et de se concentrer sur le graphisme et la géométrie de cette façade plus que parfaite. Seul un porte-drapeau et l’ombre d’un réverbère viennent perturber la symétrie parfaite : même les éléments végétaux de chaque côté sont symétriques!

Par contre, il en est tout autrement dans la partie basse de la photo qui semble articulée avec le haut par cette belle barrière blanche. La nature a déposé ce sable avec une épaisseur et une disposition aléatoires, la digue a vieilli et propose des fissures vers un dessin qui se mélange au sable.

En fait, cette photo donne à voir deux mondes juxtaposés et opposés, l’œil et l’esprit se régalent de passer de l’un à l’autre et de tourner autour du point de passage et d’entrée composés évidemment d’une barrière et d’un escalier. A propos de cette interprétation, j’ai trouvé un article sur la mécanique esthétique de l’image et je remercie Henry Peyre de me permettre de l’indiquer en lien : cet article est passionnant, il permet une approche de l’analyse d’image et de mettre des mots sur des émotions ressenties.

SAINT-MALO

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Cette photo m’évoque la chanson « Angélus » de Hubert-Félix Thiéfaine que vous trouverez facilement en ligne dans votre moteur de recherche favori. J’ai d’ailleurs réalisé cette photo à l’époque où j’ai apprivoisé ce récent album somptueux : la stratégie de l’inespoir. Ce cliché vibre énormément avec la deuxième chanson « Angélus » : un extrait ci dessous :

Je te salue seigneur, du fond de l’inutile
À travers la tendresse de mes cauchemars d’enfant
Le calme désespoir de mon bonheur tranquille
Et la sérénité de mon joyeux néant

Pendant que mes ennemis amnistient leur conscience
Que mes anciens amis font tomber leur sentence
Les citoyens frigides tremblent dans leur cervelle
Quand les clochards lucides retournent à leur poubelle………………

L’atmosphère est viscéralement pesante dans l’univers de Thiéfaine et dans cette photo qui évoque une notion de cassure, escortée de tout ce graphisme complexe au premier plan, de barrières dans tous les sens, et aussi, l’évocation d’une descente, le temps gris, l’horizon en pointillé, les personnages s’éloignant et symétriquement opposés sur une ligne coupant la photo horizontalement ……….le concept de rupture est universel, intrinsèque à la photographie (qui est une découpe à la fois spatiale et temporelle), à la création,à la vie…………..