SAINT MALO (Sillon)

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Cette façade a été photographiée un jour gris après une grande marée : en effet le sable amoncelé sur la digue et non encore évacué par les services urbains signifie une grande marée récente houleuse. Le temps gris permet d’éviter les ombres (que j’affectionne tant d’habitude) et de se concentrer sur le graphisme et la géométrie de cette façade plus que parfaite. Seul un porte-drapeau et l’ombre d’un réverbère viennent perturber la symétrie parfaite : même les éléments végétaux de chaque côté sont symétriques!

Par contre, il en est tout autrement dans la partie basse de la photo qui semble articulée avec le haut par cette belle barrière blanche. La nature a déposé ce sable avec une épaisseur et une disposition aléatoires, la digue a vieilli et propose des fissures vers un dessin qui se mélange au sable.

En fait, cette photo donne à voir deux mondes juxtaposés et opposés, l’œil et l’esprit se régalent de passer de l’un à l’autre et de tourner autour du point de passage et d’entrée composés évidemment d’une barrière et d’un escalier. A propos de cette interprétation, j’ai trouvé un article sur la mécanique esthétique de l’image et je remercie Henry Peyre de me permettre de l’indiquer en lien : cet article est passionnant, il permet une approche de l’analyse d’image et de mettre des mots sur des émotions ressenties.

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Ste Ouine

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La Sainte-Ouine, dépeuplée de ses visiteurs assoiffés de sensations, offre de beaux points de vue forgés de volumes disparates, de triangles, de verticales qui s’ajustent en rythme binaire. Un goéland unique, lui, supervise majestueusement, le désordre engendré par cette fête foraine et donne une note de légèreté. Cette photo n’est composée (à part le goéland) qu’avec des éléments triviaux qui ne valent que par leurs galbes et leur répartition : la structure est pyramidale avec une base massive, large et un sommet pointant le goéland.

Pourquoi prendre cette photo, la montrer, pourquoi mon regard se scotche et tourne à cet endroit avec l’idée qu’il y a quelque chose à faire?…..je me pose la question sans avoir de réponse : c’est l’inspiration (ou l’expiration) probablement, magique, inattendue, elle surgit sans la chercher, et s’impose.

Cette photo respire par ce goéland, tout petit, élégant, léger, solitaire, qui contraste avec les autres éléments binaires grossiers. Il s’arrache des embarras terrestres……la composition fait que l’œil s’oriente inévitablement vers cet oiseau inspiré, dégourdi, qui s’éloigne….tout y conduit toujours…..

SAINT-MALO

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Cette photo m’évoque la chanson « Angélus » de Hubert-Félix Thiéfaine que vous trouverez facilement en ligne dans votre moteur de recherche favori. J’ai d’ailleurs réalisé cette photo à l’époque où j’ai apprivoisé ce récent album somptueux : la stratégie de l’inespoir. Ce cliché vibre énormément avec la deuxième chanson « Angélus » : un extrait ci dessous :

Je te salue seigneur, du fond de l’inutile
À travers la tendresse de mes cauchemars d’enfant
Le calme désespoir de mon bonheur tranquille
Et la sérénité de mon joyeux néant

Pendant que mes ennemis amnistient leur conscience
Que mes anciens amis font tomber leur sentence
Les citoyens frigides tremblent dans leur cervelle
Quand les clochards lucides retournent à leur poubelle………………

L’atmosphère est viscéralement pesante dans l’univers de Thiéfaine et dans cette photo qui évoque une notion de cassure, escortée de tout ce graphisme complexe au premier plan, de barrières dans tous les sens, et aussi, l’évocation d’une descente, le temps gris, l’horizon en pointillé, les personnages s’éloignant et symétriquement opposés sur une ligne coupant la photo horizontalement ……….le concept de rupture est universel, intrinsèque à la photographie (qui est une découpe à la fois spatiale et temporelle), à la création,à la vie…………..

La Sainte Ouine

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J’aime musarder à la Ste Ouine quand tout est fermé pour exploiter au mieux le graphisme créé par cette foire. Cette photographie peut apparaître confuse au premier abord, puis la perception s’adoucit lorsque l’œil détecte qu’une certaine organisation existe dans ce foisonnement de formes, de volumes, de structures, de lignes. Le regard trouve alors ses repères et peut baguenauder avec plus de sérénité dans ce cliché. Beaucoup de détails se dévoilent alors, et semblent liés les uns aux autres : l’œil tourne avec délice (peut-être!) comme dans un manège, dans un carré!

Le format d’une photographie induit une tension avec le format plutôt panoramique du regard humain (au cinéma, l’image est panoramique). Cette tension culmine avec le format carré (qui peut se présenter comme rétréci à un œil non habitué), et permet de souligner la mise à distance avec le réel et l’instant du prélèvement photographique. Une certaine accoutumance peut être nécessaire, le format carré réclame d’être apprivoisé. Au delà de ces considérations, le format carré présente l’intérêt de ne pas induire de sens à la lecture de l’image, de laisser ainsi libre le regardeur. Du fait de sa forme géométrique parfaite, il induit un cadre harmonieux et apaisant.

LA SAINTE-OUINE

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La sainte-Ouine est réinstallée pour un mois. Cette fête foraine a déjà fait l’objet d’article en 2012 et 2013 (cliquer pour les liens). Depuis une semaine, une animation fébrile d’installation domine au pied des remparts, la fête s’est ouverte samedi.

Les soirs de semaine, l’activité est réduite et, sans la foule, il m’a été possible d’obtenir dés ce soir, des cadrages plaisants dans mon viseur. Ici encore, les volumes, les formes, les contrastes, les lignes (manèges, bateaux, grues, éclairage public, marquages au sol…etc…) structurent une image où l’œil peut se promener et prendre de la hauteur………….nombre de voitures se demandaient bien ce que je pouvais prendre en photo, sous quelques gouttes de pluie, au milieu de la chaussée! Le challenge était d’étaler, sur la largeur du cliché, cette exubérance kitsch de traits d’origines diverses en un graphisme séduisant pour le regard. La photographie doit, à mon avis, charmer d’emblée l’œil du ‘regardeur’ pour capter son attention et lui donner l’envie d’aller plus loin vers, peut être, une émotion et une interprétation personnelle ………………

NEW YORK (Brooklyn)

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Dans les alentours du pont de Williamsburg, côté Brooklyn, de multiples voies de hangars, d’arrière-cours hétéroclites, ces portières de voitures ordonnées conformément au drapeau américain en situation improbable…..et puis, soudain, tout s’installe dans mon pré-cadrage visuel : les verticales, horizontales, répétitives, les textures et surfaces différentes, les fenêtres, les volets roulants, cette porte ouverte sur l’inconnu qui laisse circuler la lumière : un régal de détails foisonnants qui capte le regard : le patchwork est en place!! Le photographe disloque le réel, procède à une extraction sélective sur un instant : création d’une image par une double rupture (spatiale et temporelle). La magie de la photographie passe aussi par cela.

 

 

SAINT MALO (sillon)

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Une croix, encore! Cela fait un moment que j’explore pour photographier les brise-lames du sillon, hors des sentiers battus et des ‘clichés’. En levant les yeux, de la plage, ce choix s’est imposé à mon regard. La position de cette croix, son aplomb qui vibre avec celle des pieux de bois fichés dans le sable, cette dissonance entre les formes droites minérales et courbes végétales, tout contribue à l’envol, comme l’a compris ce goéland, et pour moi au déclenchement!

Je me pose la question de savoir ce qui m’a provoqué l’idée de photographier à cet endroit et quelle énigme cette photo va déclencher chez le ‘regardeur’. Par le regard, le spectateur va balayer l’image, scruter les détails, et chercher l’intention de la photographie en fonction de multiples facteurs (culturels, état d’esprit du moment, imagination, capacité d’émotion…….) : c’est probablement cela une part de la magie de la photographie.

SAINT MALO (rue G. Clemenceau)

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En bas de la rue Georges Clemenceau, à St Servan, en ce mois de janvier et ce soleil bas, la lumière a permis de dessiner cette sorte de feu d’artifice hirsute qui entoure une porte. L’œil y est conduit par ce trottoir, puis la bordure perpendiculaire au mur et le bas du mur vers la gauche, tout cela formant un Z délimitant une sorte d’échiquier d’ombre, d’herbe et de goudron (textures différentes) souligné au premier plan de brindilles mortes. L’œil découvre ensuite cette fresque murale broussailleuse centrée sur cette porte qui semble nous regarder. Le choix du cadrage a éliminé un deuxième arbre dont le contour est à gauche de la porte. Bien sûr, le chemin de vision de cette photo peut être différent…… C’est du banal, de l’éphémère, 5 minutes plus tôt ou plus tard, c’est autre chose…. J’aime cette finesse de traits sur les murs qui partent dans tous les sens et prendre le temps d’explorer le potentiel pictural de l’ordinaire : la photographie cristallisant un instant offre le temps utile à l’observation.

Ci dessous, une photo de mars 2009 du même endroit : atmosphère complètement différente, toujours construite sur l’ombre naturelle de l’arbre contrastant avec la géométrie des lignes du sol, de l’architecture, des textures, des contrastes…….

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SAINT MALO (sillon)

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Au début du sillon, on admire un navire au quai de Terre neuve : l’Etoile du Roy, En venant de la plage qui est en contrebas, la perspective est curieuse et peut paraître confuse. En effet le gréement complété de l’éclairage urbain semble sortir du sol et d’un bouquet d’arbres avec un bel effet d’optique ! J’ai eu la chance, en attendant, d’avoir des piétons assez proches de moi qui compliquent un peu la compréhension des différents plans et un goéland sur ce beau contre jour d’hiver………grand plaisir!

NEW YORK (Brooklyn)

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Dans le quartier de Williamsburg (Brooklyn) , très brigué actuellement du fait de sa proximité de Manhattan, il subsiste encore des lieux qui seront immanquablement réhabilités prochainement. Les tags, les fils électriques, les stationnements, les raccords de sol bizarrement accommodés,  fourmillent……..une atmosphère des films des années 50 plane encore………..même la calandre de la voiture est raccord! La composition, basée sur un Y inversé qui délimite trois zones différentes, dynamise l’image.

Un ami (merci Jean-Luc : voir liens à droite) m’a parlé d’une exposition passionnante à la MEP : « toute photographie fait énigme » de Michel Frizot.

En effet, une bonne photographie, à mon avis, a le dessein d’interroger le « regardeur », de le faire rester en suspens, sur des détails (ou  leur absence dans une photo très épurée) ou des contrastes ou autre effet visuel. Ensuite le regard cherche à aller en profondeur dans la question posée, dans l’énigme de la photographie sans aller jusqu’à la résoudre. En effet, il peut y avoir autant de questions, d’énigmes et de réponses que de « regardeurs ». Cette exposition et son sujet font écho à la phrase de Robert Frank que j’ai déjà citée dans un article sur Lipari.

SAINT MALO (sillon)

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Une croix, encore! me diront certains. Les croix, comme les mégalithes se situent toujours dans des endroits remarquables et (ou) religieux. Cette croix de mi-grève est plutôt dans un endroit mémorable (« frontière » entre St Malo et Paramé) et a déjà fait l’objet d’une parution précédente, le soir.

Dans ce cas, dans l’heure de midi de ce soleil d’hiver, l’ombre portée magnifique, qui fait angle avec le brise-lame sur la plage, le petit gri-gri au premier plan, la vague soulignant la partie horizontale de la croix,  le minuscule rappel de la forme de la croix sur la base, les silhouettes sur la grève……:  tous ces détails graphiques ont justifié mon choix de cadrage et de composition. En effet, la photographie est un choix permanent, de la perception d’une image possible, sans l’appareil (pré-cadrage), à la prise de vue (cadrage définitif et décision de déclenchement), jusqu’à la sélection de la photo définitive en passant par les options de retouche……..